La princesse de clèves la rencontre

On le voit bien ici: Elle n'a qu'une hâte, c'est que le bal commence, car il ne faut surtout pas que M. Et elle est fort inquiète, car elle sait que M. Toute plaisanterie mise à part, il fallait absolument que M. Car, s'il n'était pas arrivé en retard, les deux personnages auraient nécessairement été présentés l'un à l'autre avant de danser ensemble. Fort heureusement, tout va se passer ainsi que la romancière le souhaitait: On le voit, l'arrivée de M. On ne saurait s'en étonner: Mais, pour qu'ils puissent danser ensemble sans avoir été présentés, il va falloir encore que le roi s'en mêle: Toujours est-il, et, comme par hasard, cela ne manque pas de faire l'affaire de la romancière, qu'au lieu de désigner M.

Mme de Clèves ne saura donc pas avec qui elle danse, ou, du moins, elle ne le saura pas d'une manière officielle, car en fait elle n'en doutera pas: Elle sait tout de suite que l'homme qu'elle voit ne peut être que M. Et elle savait qu'elle le reconnaîtrait d'abord et surtout à la surprise qu'il lui donnerait, et c'est effectivement le sentiment qu'elle éprouve dès qu'elle l'aperçoit: Elle le reconnaît non seulement parce qu'il répond à l'image très séduisante qu'elle s'était faite de lui, mais aussi et plus encore parce que cette image lui semble soudain inadéquate, le duc de Nemours réel lui paraissant encore plus séduisant que celui dont elle avait rêvé.

Et cela aussi, elle l'avait rêvé. Elle est d'autant plus surprise que M. Et Mme de Lafayette ne manque pas de souligner l'espèce de complémentarité que crée entre ses deux personnages le fait qu'ils sont l'un et l'autre les deux êtres les plus beaux et les plus fascinants que l'on ait jamais vus à la cour: Rien d'étonnant donc si M. Mme de Clèves a vu M.

Mme de Lafayette a sans doute voulu ainsi donner quelques secondes à son héroïne pour se remettre un peu d'une surprise que, sans en avoir vraiment conscience, elle craint certainement de laisser paraître si peu que ce soit. En revanche, M. Mais, à la différence de Mme de Clèves, M.

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Mme de Lafayette n'ayant pas cru bon de nous dire de quelle manière il avait su exprimer son admiration, il est difficile de le savoir de façon précise. Mme de Clèves et M de Nemours sont l'un et l'autre les deux êtres les plus beaux de toute la cour, et l'un et l'autre semblent être ce soir-là encore plus brillants, si faire se peut, qu'ils ne l'ont jamais été. Rien d'étonnant, par conséquent, s'ils deviennent le point de mire de tous les regards et l'objet de l'admiration générale.

Mais, comme celle de M. A la suite du roi qui leur a ordonné de danser ensemble, c'est toute la cour qui semble ainsi se plaire à les accoupler. Mais ces deux êtres qui semblent si bien faits l'un pour l'autre, ces deux êtres, que non seulement toute la cour connaît, mais qui en sont l'un et l'autre, pour la beauté, les deux figures les plus en vue, ces deux êtres qui dansent ensemble, ces deux êtres ne se connaissent point. C'est certainement la première fois qu'une telle situation se produit et, bien sûr, la chose ne va pas passer inaperçue: On le voit, le roi et les reines n'ont pas réalisé immédiatement que Mme de Clèves et M.

Mais, dès qu'ils en auront pris conscience, le roi et les reines ne vont pas manquer de deviner que Mme de Clèves et M. Grâce à la curiosité du roi et des reines, les choses vont pouvoir se passer exactement comme le souhaitait la romancière. Il n'aurait servi à rien, en effet, que M.

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Heureusement, le roi et les reines qui tiennent à mener à bien leur petite expérience, vont les faire venir sans leur laisser le temps de se parler ou de parler à qui que ce soit, afin de pouvoir vérifier qu'ils se sont bien reconnus alors qu'ils ne s'étaient jamais vus. Aussi Mme de Lafayette qui a utilisé jusque-là le style indirect pour les propos du roi et des reines, va maintenant utiliser le style direct pour nous faire entendre les propos de M.

Invité à reconnaître qu'il a bien su deviner que sa cavalière était Mme de Clèves, M.

C'est à la reine dauphine que s'adresse M. Mais c'est la reine dauphine qui va lui répondre, et c'est sans doute elle, par conséquent, qui a demandé aux deux danseurs s'ils n'avaient pas deviné qui ils étaient. C'est sans doute elle, d'ailleurs, qui a eu l'idée d'organiser ce petit test, et l'intérêt qu'elle porte à M.

Quoi qu'il en soit, M. Il prouve qu'il a bien reconnu Mme de Clèves en la nommant, mais il le fait d'une manière élégante et subtile. Il eût été tout à fait rustre de répondre: Mais les personnages de La Princesse de Clèves ne sont assurément pas des rustres et M. Avec tact et discrétion, il va dissocier son cas de celui de Mme de Clèves. Cela lui permet en même temps, avec une modestie peut-être fausse, mais assurément de bon ton, de suggérer que lui-même ne peut prétendre être reconnu aussi facilement, et donc de demander à la reine dauphine de bien vouloir le présenter à celle qui a été sa cavalière.


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Peut-être la reine dauphine l'a-t-elle remarqué, elle aussi, mais sa réponse montre qu'elle ne songe guère à la ménager: N'en doutons pas, elle en est tout à fait sûre, et d'ailleurs on en aura la preuve avec sa prochaine réplique. L'intérêt qu'elle porte à M. Et peut-être a-t-elle eu, de plus, l'occasion de remarquer, en lui parlant de M.

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En disant à M. Mme de Clèves ne connaît M. Elle nous apprend, en revanche, en notant ce léger embarras que Mme de Clèves ne peut s'empêcher de laisser paraître, que M. L'embarras que semble faire naître ou augmenter la réplique de la dauphine, et qui pourrait n'être interprété que comme une simple marque de réserve ou de timidité, est le signe extérieur de quelque chose de plus profond.

La réponse de Mme de Clèves constitue évidemment un mensonge puisqu'elle a reconnu immédiatement et sans la moindre hésitation M. Mais elle se garde bien de dire qu'elle n'a aucune idée de l'identité de celui avec qui elle a dansé, car, outre qu'elle n'aurait aucune chance d'être crue, ce serait quelque peu discourtois.

La reine dauphine ne va pas croire Mme de Clèves un seul instant: On le voit, cette fois-ci, car sans doute a-t-elle été quelque peu agacée de voir que Mme de Clèves avait voulu lui en faire accroire, elle n'a plus recours à la litote. Mais elle ne se contente pas de rejeter sans appel la dénégation de Mme de Clèves; elle va aussi la commenter et l'expliquer d'une manière aussi discrète que pénétrante, et qui est sans doute encore plus pénétrante qu'elle ne le pense elle-même: Si le dialogue central est assurément, comme le note M.

La reine dauphine a recours à un raccourci d'expression. Elle veut dire que non seulement le refus de Mme de Clèves n'a rien de désobligeant pour M. A première vue, en effet, le refus de Mme de Clèves pourrait plutôt être considéré comme quelque peu désobligeant. Ce qui aurait été vraiment obligeant, semble-t-il, c'est, au contraire, de répondre à sa politesse et de reconnaître sans difficulté qu'elle avait deviné qui il était, comme lui-même avait reconnu qu'il avait deviné qui elle était.

Si la reine dauphine dit que le refus de Mme de Clèves d'avouer qu'elle l'a reconnu a quelque chose d'obligeant pour lui, c'est parce qu'elle devine que la vue de M. Car, en soi, le fait que Mme de Clèves ait reconnu M. Elle connaît maintenant tous les hommes de la cour sauf M. Quoi d'étonnant donc que, devant un homme qu'elle n'a encore jamais vu et dont l'apparence correspond aux descriptions qu'on lui a faites de M. Il n'y aurait donc rien de compromettant pour elle à avouer qu'elle a reconnu M.

Mais, si Mme de Clèves ne veut pas, n'ose pas l'avouer, c'est que cette reconnaissance n'a pas été une simple et froide déduction logique; c'est qu'elle n'a pas reconnu M. Nul doute que la remarque de la reine dauphine n'augmente encore l'embarras de Mme de Clèves, même si, bien moins encore que la reine dauphine ne le fait elle-même, elle ne peut en apprécier l'exacte portée.

Et, si peut-être l'auteur de cette remarque, la reine dauphine l'aura vite oubliée, il y a tout lieu de penser que Mme de Clèves, elle, ne l'oubliera pas. Cette remarque va rester dans son esprit, et, en même temps que, d'une manière très lente et très progressive, la passion que, dès le premier regard, lui a inspirée M.

Et c'est seulement le jour où elle prendra clairement et complètement conscience de la passion qu'elle nourrit pour M.


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  4. Mais, si cette remarque ne prendra vraiment tout son sens, pour Mme de Clèves, que le jour où elle aura vraiment compris qu'elle aime M. Ainsi, par cette remarque, la reine dauphine aura sans le savoir déposé dans l'esprit de Mme de Clèves un premier germe, un premier ferment, et il jouera un rôle, si faible qu'il puisse être, dans le long processus de maturation qui aboutira à la prise de conscience de sa passion.

    Inconsciemment, car elle-même ne connaît pas encore le sentiment naissant qu'elle cherche déjà à cacher, Mme de Clèves a eu peur de se trahir en avouant qu'elle avait reconnu M. Mais c'est précisément en refusant de l'avouer qu'elle se trahit, même si, pour l'instant, ni elle-même, ni M. Plus tard, nous le verrons, lorsque Mme de Clèves se sera rendu compte qu'il lui est impossible de vaincre sa passion, elle prendra la ferme résolution de n'en donner, du moins, aucune marque.

    Mais le lecteur saura tout de suite qu'elle ne pourra pas la tenir. Il n'aura pas oublié, en effet, qu'elle en a déjà laissé échapper de nombreux signes, même si souvent personne ne les a vus, et cela dès les tout premiers instants, en refusant d'avouer qu'elle avait reconnu M. Ce n'est pas un hasard si la première marque que Mme de Clèves donne de son amour pour M.

    Ce refus sera suivi de beaucoup d'autres jusqu'au refus final par lequel Mme de Clèves mettra un terme à ses relations avec M. Si Mme de Clèves ne peut s'empêcher de lui laisser voir sa passion, c'est presque toujours parce qu'elle ne peut s'empêcher de lui laisser voir qu'elle a peur de la lui laisser voir. Ici, sans doute, il est encore beaucoup trop tôt pour que M. Mais il est probable que, plus tard, lorsqu'il aura acquis la certitude d'être aimé de Mme de Clèves et qu'il se rappellera qu'elle avait nié l'avoir reconnu, il comprendra qu'elle lui avait ainsi, sans le savoir elle-même, donné la première preuve de son amour.

    Sans que ni elle-même ni M. Mais, tout en les lui reprochant, M. Si une telle situation a pu s'instaurer, c'est, en effet, parce que sa femme n'est pas une femme comme les autres, et que sa réaction instinctive, au lieu de s'abandonner à ses sentiments, est de tout faire pour les réprimer, ou, à tout le moins, pour les dissimuler. Le refus d'avouer qu'elle a reconnu M. A la place de Mme de Clèves, une autre femme, au lieu de refuser d'avouer qu'elle avait reconnu M.

    Pour pasticher ce que dira M.

    La beauté: Dans son roman La Princesse de Clèves , paru en , Mme de Lafayette raconte la passion entre Mme de Clèves pour un autre homme que son mari. A cause de son éducation vertueuse elle ne cèdera Etudier - Le site des dissertations, fiches de lectures, exemples du BAC. Se connecter. S'inscrire Se connecter. Page d'accueil Dissertations La rencontre - la princesse La rencontre - la princesse de clèves Pages: Lire le document complet Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

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